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Le carnaval

Posté : 29 août, 2011 @ 10:40 dans Le carnaval, Patrimoine culturel | Pas de commentaires »

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Le carnaval est un évènement majeur en Guadeloupe. Il est sans aucun doute l’une des fêtes les plus attendues et les plus animées de l’année. Il débute le dimanche qui suit l’épiphanie c’est-à-dire le premier dimanche de l’année et se termine le mercredi des cendres qui correspond au lendemain du mardi gras (cette dernière date varie chaque année, elle est fixée par apport à la date de pâques qui elle-même varie en fonction du cycle de la lune).

 

 

Les participants directs sont des membres d’associations qui forment des groupes et qui paradent lors de nombreux défilés organisés dans toute l’île. En effet, le carnaval a la particularité de s’étendre sur toute la Guadeloupe où au moins une parade est organisée dans chaque commune même si les villes de Pointe à Pitre et de Basse Terre constituent les principaux centres d’attractions. Les groupes carnavalesques offrent alors à la population un spectacle mêlant costumes colorés, musique entraînante, chars et défilés. C’est ainsi l’occasion d’un défoulement général où tout le monde se retrouve pour admirer, danser, chanter et parodier.

 

 

Si le carnaval que nous connaissons aujourd’hui ne semble être qu’un divertissement il n’a pas toujours été ainsi. En effet le carnaval est d’origine religieuse et a été introduit en Guadeloupe à l’époque coloniale. Il est le résultat d’une fusion culturelle entre des éléments Européens et Africains. Chaque rite a une spécificité propre lié à son histoire ou à ses croyances. C’est ainsi qu’une tradition s’opère à chaque jour gras et beaucoup de costumes traditionnels qui reviennent années après années ont une véritable signification.

 

 

 

 

Les origines

 

La coutume du carnaval a été introduite aux Antilles au début de la colonisation par les colons Français catholiques qui voulaient faire la fête et manger de la viande une dernière foi avant d’entamer les quarante jours de rigueur du carême. Ils ont alors reproduit aux îles les coutumes de chez eux et donnaient des réceptions masquées. Au début seul les colons pouvaient fêter le carnaval puis, par la suite, les esclaves, soumis aux mêmes règles de restriction du carême puisque catholicisés, se sont mit à imiter leur maître dans leurs manifestations carnavalesques. Cependant, ne disposant pas de déguisements somptueux, ils utilisaient les matériaux qui leur étaient accessibles et avaient recours à leurs imaginations afin de créer des déguisements et personnages originaux qui donnaient un caractère spécifique et particulier au carnaval de la Guadeloupe. Cette fête représentait pour eux un véritable exutoire où ils pouvaient se défouler et tourner en dérision leurs maîtres à travers leurs costumes. Ils mirent alors en place un carnaval spécifique en introduisant leurs cultures, leurs croyances et leurs instruments de musique, ce qui fut accepté par les maîtres qui les autorisaient à défiler uniquement dans l’enceinte de leurs propriétés.

 

Les grandes dates caractéristiques

 

En Guadeloupe, les festivités carnavalesques débutent véritablement au moi de janvier après l’épiphanie. C’est ainsi que les ambiances vont monter en intensité lors des nombreux défilés organisés chaque semaine jusqu’aux jours gras où il va atteindre son paroxysme.

 

Le dimanche gras propose un grand défilé avec « Vaval » le roi du carnaval en tête. Ce dernier est représenté sous la forme d’une grosse poupée en chiffons de plusieurs mètres de haut monté sur un char. De nombreux groupes aux styles variés le suivent alors.

 

Le lundi gras est consacré aux mariages burlesques où les couples, suivis d’un cortège, se présentent devant le prêtre et l’officier d’état civil. Les hommes en profitent pour se travestir en femme et les femmes se déguisent à l’inverse en homme, le tout accompagné de témoins aux allures comiques. L’aspect dérision est omniprésent dans le carnaval Guadeloupéen. Ici, la dérision est utilisée pour imiter et caricaturer les attitudes de l’autre sexe.

 

Le mardi gras, quand à lui, est le jour le plus important de cette période carnavalesque. Les festivités commencent très tôt le matin avec un défilé en pyjama à l’aurore. Puis tout est mis en œuvre pour que les musiques et les déguisements soient une véritable réussite et de nombreux concours sont organisés pour élire les meilleurs dans chaque catégorie. Nombreux sont également ceux qui endossent le costume de diable rouge très prisé en ce jour. La spécialité culinaire du mardi gras est le beignet qui permet de bien profiter avant les restrictions causées par le carême qui va suivre.

 

Le lendemain, c’est-à-dire le mercredi des cendres, marque la fin du carnaval et le premier jour du carême. La foule défile en noir et blanc en signe de deuil face à « vaval », le roi du Carnaval que l’on brûle à la nuit tombée en place publique dans une ambiance de danses et de chants.

 

Enfin, à la mi-carême, qui est à mi-temps entre le carnaval et pâques, les célébrations carnavalesques reprennent vie le temps d’une journée où la population va s’habiller en diable noir et rouge pour marquer la résurrection de « vaval ».

 

La symbolique

 

Comme nous l’avons vu plus haut, les esclaves Africains ont apportés leurs propres touches culturelles à cette fête d’origine Européenne. C’est ainsi que les Guadeloupéens continuent aujourd’hui à célébrer cette tradition en gardant ces empreintes Africaines à travers leurs déguisements et musiques. De nombreux déguisements sont typiques et liés à l’oppression coloniale tel est le cas du célèbre groupe « Akiyo » qui met en avant la couleur kaki et le casque coloniaux.

 

Aussi, de nombreux costumes ont des significations bien particulières et font références aux origines humaines et culturelles du peuple Guadeloupéen rappelant ainsi les ancêtres victimes de l’esclavage: c’est le cas du « mas à kongo » (masque du Congo) où les hommes s’enduisent de sirop batterie et du « mas à pay » (masque de paille) qui rendent tout deux hommage aux derniers Africains arrivés en Guadeloupe. Dans le même registre on retrouve le ‘’Neg Gwo Siwo’’ aux corps enduis de suie et de sirop de canne qui représentent les esclaves ; mais aussi le « masque à terre » où les carnavaliers sont enduits de terre pour saluer les premiers habitants de l’île.

 

Le « mas à sac » va être utilisé pour se souvenir des esclaves qui n’avaient rien d’autre pour se vêtir que des sacs à farine et sacs à morues et les « mas à kon’n » (masques à cornes) vont quant à eux créer un costume fait de feuilles de bananier séchées auquel ils vont ajouter une corde ou une chaîne. De même que les Indiens vont eux aussi être commémorés à travers le « masque à Roucou » qui va revenir sur le génocide des Indiens Caraïbes et le « mas à glas » (masque à miroir). L’image du colon va également être introduite par le biais d’objet comme le fouet qui est très souvent utilisé par les carnavaliers qui les font claquer violemment sur le sol pour manifester la cruauté dont celui-ci a fait preuve.

 

Tout les éléments du carnaval Guadeloupéen ont donc un véritable sens et ne sont pas là au hasard. Le personnage représentant le roi du carnaval « Vaval » par exemple, est le symbole de tous les problèmes et deuils que la population a connu durant l’année écoulée. Le brûler permet de faire table rase des mauvaises expériences du passé afin de commencer l’année qui s’écoule sereinement. De ce fait la mort est un élément très important du carnaval et beaucoup de déguisement la met en scène : squelette, tête de diable,… ce qui permet aux Guadeloupéens de dédramatiser la mort en la parodiant.

 

Ainsi, on se rend compte que le carnaval en Guadeloupe est très fortement lié à son passé. En effet, on peut dire qu’il est une version attractive du patrimoine local. Nombreux sont les attributs qui nous rappellent cette phase cruelle que la Guadeloupe a connu : l’esclavage, mettant ainsi en avant les blessures d’une identité créole trop longtemps réduite au silence. C’est alors une façon pour les Antillais de commémorer leurs histoires à travers le défoulement et la dérision et ainsi de la faire connaître sous un autre angle. Cependant, on constate qu’année après année cette représentation de l’esclave prend une place toujours aussi importante dans le carnaval Guadeloupéen. Il semble donc y avoir une difficile acceptation d’une identité créole réconciliée et pacifiée. Néanmoins, les thématiques liées au carnaval semblent se diversifier depuis quelques années. Il y a de plus en plus de thématiques liées à l’environnement ou aux conflits sociaux. C’est par exemple le cas en 2010 où la marionnette représentant vaval a été caricaturé en un « vaval penseur » car préoccupés face aux conflits sociaux qui ont touchés la Guadeloupe en 2009.

 

On peut par ailleurs noter que le carnaval est de plus en plus réglementé et organisé par les différents comités de carnaval contribuant à l’amélioration du spectacle ce qui nous démontre bien l’intérêt toujours aussi grandissant des Guadeloupéens pour cette fête. Cependant nous pouvons finir avec cette interrogation qui concerne le lien entre le carnaval et le tourisme en Guadeloupe. A l’heure où certaines îles de la Caraïbes ont mis en avant des carnavals grandioses tel est le cas de Trinidad qui organisent des immenses défilés dans les stades afin d’attirer un maximum de tourisme, il est intéressant de s’interroger sur l’avenir de notre île. Faut-il suivre l’exemple de nos voisins de la Caraïbe, et tenter par ce biais de gagner sur le plan économique ? Ou faut-il au contraire que le carnaval reste tel qu’il est : une expression du quotidien des Guadeloupéens et un partage au sein même de la population?

 

SAUVAGE Amandine

Source : Travaux Master SIC – Guadeloupe

 


 

 

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